
« Les damnés du troisième cercle. Les Kosovars en Suisse, 1965-1999 »
Les Éditions Metropolis, Genève, 1999
Un livre d'Ueli Leuenberger et Alain Maillard sonde le fossé qui sépare les Suisses et les Albanais du Kosovo.
La communauté kosovare établie en Suisse a beau être la deuxième en importance au sein de l'immigration, derrière les Italiens mais devant les Espagnols et les Portugais, elle n'en demeure pas moins totalement mystérieuse. Qui sont-ils ? Que sait-on de ces 160 000 Albanais du Kosovo (soit presque un Kosovar sur dix) qui frôlent notre existence quotidienne ? Pas grand-chose, admettons-le. Les Suisses ont adopté la pizza et les tapas, mais continuent d'ignorer la saveur du börek. Entre eux et Kosovars se dresse un mur invisible que les uns et les autres auront contribué à façonner : c'est ce que fait apparaître «Les damnés du troisième cercle» où Ueli Leuenberger et Alain Maillard déchiffrent l'histoire et les enjeux de cette méconnaissance mutuelle.
Ueli Leuenberger est un des rares Suisses à avoir fait le saut dans cette culture inconnue. Bernois établi à Genève, il y a fondé l'Université populaire albanaise où les immigrés trouvent de quoi mieux s'adapter à leur pays d'accueil (cours de langue, formation professionnelle, animation culturelle...). Avec l'aide du journaliste Alain Maillard, auteur d'un ouvrage sur la politique suisse de dissuasion d'asile («Faux réfugiés?», Editions d'en bas, 1999), il a voulu mettre à profit l'expérience née de ce travail. Leur propos est militant. Il s'agit de rendre justice, balayer les préjugés, briser l'image-repoussoir d'une communauté trop souvent réduite à ses méfaits minoritaires (violence, trafic de drogue...).
Liens villageois
Mais l'absence de manichéisme de leur livre en fait un excellent outil de compréhension. S'il dénonce les rigueurs de la politique fédérale à l'égard de ces immigrés, il s'emploie aussi à éclairer les raisons pour lesquelles les Kosovars eux-mêmes se maintiennent en situation de non-intégration.
Les Éditions Metropolis, Genève, 1999
Un livre d'Ueli Leuenberger et Alain Maillard sonde le fossé qui sépare les Suisses et les Albanais du Kosovo.La communauté kosovare établie en Suisse a beau être la deuxième en importance au sein de l'immigration, derrière les Italiens mais devant les Espagnols et les Portugais, elle n'en demeure pas moins totalement mystérieuse. Qui sont-ils ? Que sait-on de ces 160 000 Albanais du Kosovo (soit presque un Kosovar sur dix) qui frôlent notre existence quotidienne ? Pas grand-chose, admettons-le. Les Suisses ont adopté la pizza et les tapas, mais continuent d'ignorer la saveur du börek. Entre eux et Kosovars se dresse un mur invisible que les uns et les autres auront contribué à façonner : c'est ce que fait apparaître «Les damnés du troisième cercle» où Ueli Leuenberger et Alain Maillard déchiffrent l'histoire et les enjeux de cette méconnaissance mutuelle.
Ueli Leuenberger est un des rares Suisses à avoir fait le saut dans cette culture inconnue. Bernois établi à Genève, il y a fondé l'Université populaire albanaise où les immigrés trouvent de quoi mieux s'adapter à leur pays d'accueil (cours de langue, formation professionnelle, animation culturelle...). Avec l'aide du journaliste Alain Maillard, auteur d'un ouvrage sur la politique suisse de dissuasion d'asile («Faux réfugiés?», Editions d'en bas, 1999), il a voulu mettre à profit l'expérience née de ce travail. Leur propos est militant. Il s'agit de rendre justice, balayer les préjugés, briser l'image-repoussoir d'une communauté trop souvent réduite à ses méfaits minoritaires (violence, trafic de drogue...).
Liens villageois
Mais l'absence de manichéisme de leur livre en fait un excellent outil de compréhension. S'il dénonce les rigueurs de la politique fédérale à l'égard de ces immigrés, il s'emploie aussi à éclairer les raisons pour lesquelles les Kosovars eux-mêmes se maintiennent en situation de non-intégration.
Les premiers Albanais du Kosovo débarquent en Suisse dans la seconde moitié des années 60. Ce sont d'abord des saisonniers qui ont tendance à se regrouper géographiquement en fonction de leur région d'origine. Ceux de Gjilane se concentrent à Genève; ceux de Peç dans la région lausannoise : «Cela donne des communautés très compactes: il peut y avoir jusqu'à trois cents personnes du même village dans la même agglomération.» La force contraignante de ces liens incite ces immigrés à vivre repliés sur eux-mêmes. Tout comme les traditions claniques qu'ils ont amenées du Kosovo. Malgré leur installation de plus en plus durable, malgré l'arrivée des femmes et des enfants, il va persister une propension à l'isolement volontaire au sein de cette communauté qui néglige de se donner des structures représentatives.«S'ils ont un problème administratif, que ce soit avec leur assurance maladie ou avec leur régie, les Albanais ont pour habitude de chercher la personne qui peut le résoudre à leur place. Il leur suffit de connaître quelqu'un qui connaît quelqu'un qui connaît le problème. Tout se passe d'abord entre eux. Seul le dernier maillon, un syndicaliste, un travailleur social ou la femme suisse d'un Kosovar, a besoin d'avoir des contacts en Suisse.»

Mais c'est la Suisse , aussi, qui isole les Kosovars installés sur son sol. Ueli Leuenberger et Alain Maillard dénoncent en particulier la mesure adoptée par Berne en 1991, alors que l'ex-Yougoslavie basculait dans la guerre, qui s'appuie sur la doctrine dite «des trois cercles» pour exclure le recours à une main-d'œuvre en provenance de cette région. Depuis lors, le nouvel arrivant kosovar n'a d'autre choix que de s'en remettre aux aléas du droit d'asile. Les auteurs voient là l'illustration d'une politique à courte vue à l'égard de cette importante communauté qui a contribué à la prospérité helvétique. Il faut, estiment-ils de manière générale, que la Suisse «cesse de dériver vers une politique de ghetto, qui va aujourd'hui jusqu'à remettre en question le meilleur canal d'intégration qui existe encore - l'école - avec des projets de classes séparées pour les enfants étrangers»








