Le Blog d'Ueli Leuenberger

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11 janvier
2012
De retour de Tunisie

Posté par Administrateur

« Que la Tunisie est belle, maintenant qu' Ali baba et les 40 voleurs sont partis !» (Slogan lu sur un mur de Tunis le 3 janvier 2012)

De retour d’une semaine de voyage en Tunisie, j’ai envie de livrer quelques impressions sur ce pays, une année après la Révolution du Jasmin. Le 14 janvier, le peuple tunisien fêtera le premier anniversaire d’un événement majeur de notre époque : celui qui a marqué le début des bouleversements dans le Maghreb et certainement aussi dans le monde arabe. Les courageux, jeunesse en tête, de Sidi Bouzid et d’ailleurs, se sont soulevés à partir du 17 décembre 2010 contre la dictature de Ben Ali. Ce jour- là, le jeune Mohamed Bouâzizi s’est sacrifié en s’immolant devant la préfecture de Sidi Bouzid, ville située à l’Est du pays. On sait que, par la suite, les événements se sont précipités et qu’ils ont abouti à ce que le dictateur et sa clique « dégagent » le 14 janvier 2011 !

Après avoir pu m’entretenir pendant trois jours avec des personnalités du plus haut niveau, dont Moncef Marzouki (Président de la République), Mustapha Ben Jaffaar (Président de l’Assemblée constituante), et différents responsables des partis politiques, dont Rached Ghannouchi (président du parti islamiste Ennahda, la principale force politique) mais aussi ceux de l’opposition ainsi que différentes ONG, je suis rempli d’espoir. La « troïka » composée par un parti islamiste et deux partis laïques manifeste une réelle volonté de réussir le pari démocratique, économique et social de la nouvelle Tunisie.

Des défenseurs des droits de l’Homme de la première heure, souvent victimes directes par le passé d’une répression féroce, se partagent aujourd’hui les postes à responsabilités avec les dirigeants d’Ennahda qui ont aussi payé très cher leur opposition à la dictature, en passant des dizaines d’années dans des geôles sordides. Ennahda, trop souvent décrié, chez nous, comme représentant un danger islamiste et un danger pour la démocratie, a maintenant la possibilité de démontrer qu’il peut respecter les accords avec ses partenaires de coalition, en agissant comme partenaire et non pas en parti dominant. Il peut également démontrer, sur le terrain et par les actes, qu’il ne pratique pas le double langage.

Et comme le président de la Constituante tunisienne, Mustapha Ben Jaafar le dit : « cette réussite, ce double test, démontrera que l’attachement à nos racines et à notre culture arabo-musulmane est compatible et conciliable avec l’ouverture sur les valeurs universelles de liberté et d’égalité »

Les cinq jours de voyage non officiels qui ont complété mon séjour en Tunisie m’ont permis de voir, de près, l’espoir de réussir qui anime la population. Mais pour cela, il est primordial de réussir le démarrage de l’économie avec la création – rapide- d’emplois pour une partie significative des 700'000 chômeurs, ainsi que l’amélioration des conditions sociales et de vie dans les régions défavorisées et laissées délibérément à l’abandon par le régime Ben Ali. Cet espoir est omniprésent, j’ai pu le constater de mes yeux, partout, en visitant les milieux populaires, pendant mon périple dans les différentes régions du pays.

Que l’Europe et  que la Suisse soutiennent cette jeune démocratie ! Non seulement parce que le peuple tunisien le mérite, mais aussi parce que du succès de la Révolution du Jasmin dépend largement le succès des autres mouvements démocratiques actuellement en marche dans le Maghreb et ailleurs dans le monde.

 

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